Ils sont salés, petits et typiquement alsaciens. Et ils sont allés dans l’espace. Bretz’elle et Bretz’il ont commencé leur vie dans un fournil, avant de partir, depuis la place Kleber, dans la stratosphère, emmenés chacun par un ballon gonflé d’hélium.  Envoyer deux bretzels dans l’espace, le pari de sept étudiants strasbourgeois de l’ECAM Strasbourg-Europe.

Ils sont redescendus avec leur nacelle et plein de données, qu’il a fallu ensuite analyser pour les présenter lors de leur soutenance de projet. Retour sur une première mondiale.

Quand le rêve devient réalité

Tout commence avec l’idée surprenante de Grégoire Chabrol, enseignant-chercheur à l’ECAM Strasbourg-Europe, de lancer des bretzels dans la stratosphère. Très rapidement, il fédère une équipe d’étudiants férus d’astronomie et d’aéronautique pour le suivre dans son projet incroyable. Qui n’a jamais rêvé d’aller dans l’espace ? Curieux et ambitieux, ils font de ce rêve une véritable expérience scientifique avec tout ce qui en découle : recherches, analyses de données, tests...

C’est dans le cadre de leur projet libre de 1ère année du cycle ingénieur que les étudiants de l’ECAM Strasbourg-Europe ont imaginé et développé la mission « Apollo Bretzel » pendant plus de 6 mois. Afin de financer leurs recherches et les outils nécessaires à la réalisation de ce projet, ils ont fait appel à la société alsacienne Burgard, spécialiste du bretzel, qui les a immédiatement sponsorisés et soutenus dans ce challenge inédit.

Une opération hors du commun mais surtout scientifique

La première étape pour envoyer des ballons sondes était d’établir un cahier des charges précis respectant la législation en vigueur pour faire voler un objet de catégorie légère dans la stratosphère. Poids, présence du réflecteur radar pour que les ballons soient localisés par les tours de contrôle… rien n’a été laissé au hasard.

Cette démarche scientifique a nécessité aux étudiants d’acquérir des connaissances dans des domaines très divers. Du codage informatique, aux composants électroniques en passant par la mécanique, ils ont su démontrer leur polyvalence comme de véritables ingénieurs généralistes. Ils se sont, entre autres, formés à l’utilisation d’un système d’acquisition et de communication embarqué réalisé avec le Raspberry Pi, un micro-ordinateur qui a la taille d’une carte de crédit. Ils ont également dû apprendre toutes les bases de la radiocommunication et ses protocoles afin de garder le contact avec les nacelles durant le vol et recueillir leurs précieuses données en direct.

Pour contrôler l’ensemble des paramètres et envisager toutes les possibilités, l’équipe d’astronautes en herbe a modélisé en 3D les nacelles des ballons et leur contenant, puis réalisé une batterie de tests dans les laboratoires équipés de l’ECAM Strasbourg-Europe mais également dans le surcongélateur (-35 °C) de la société Burgard. Effectivement, il était primordial de s’assurer de l’isolation du matériel électronique qui allait être soumis à des températures pouvant atteindre les -50°C pendant plusieurs heures.

Après de nombreuses recherches et heures de calculs, deux ballons sondes en latex naturel identiques à ceux utilisés par Météo France, ont été achetés. Ces ballons ont ensuite été remplis d’hélium, un gaz inerte non polluant 7 fois plus léger que l’oxygène. Conformément aux valeurs de l’école, toutes les actions ont été menées pour n’avoir aucun impact négatif sur l’environnement et ne gaspiller aucune ressource.

Dans le but de pouvoir récolter les données et surtout la photo historique d’un bretzel au-dessus de notre chère planète Terre, les nacelles des ballons ont été équipées de caméras embarquées, de balises GPS et de parachutes afin d’assurer une descente tout en douceur en préservant le matériel embarqué.

Un enjeu culturel : Bretz’il et Brezt’elle

L’importance de ce projet ne reposait pas uniquement sur le fait de mettre en œuvre une expérience scientifique pour nos jeunes ingénieurs. L’un de ses enjeux était de clore un débat épineux en Alsace depuis des années : le genre du bretzel. Emmanuel Goetz, directeur de Burgard, a assuré de la récurrence de la question depuis qu’il a repris l’entreprise il y a 23 ans : dit-on « un » ou « une » bretzel ?

De là sont nés, « Bretz’il » et « Bretz’elle ». Celui des deux qui volerait le plus haut définirait le genre du bretzel. Monsieur le Maire de Strasbourg, Rolland Ries, s’est même vu confier la responsabilité de lâcher le premier ballon, Bretz’elle. Pour cet évènement historique, le maire était en compagnie de la directrice de l’ECAM Strasbourg-Europe, Sonia Wanner, ainsi que du responsable du laboratoire ICube, qui accueille les enseignants-chercheurs de l’école, Michel de Mathelin.

« Je suis le seul alsacien du groupe et d’autant plus fier de ce projet. Ce que j’ai aimé dans ce projet est l’application manuelle, le travail en atelier, la préparation de la boite, la mise en place des composants et des câbles… Faire un discours devant le PDG de Bretzel Burgard était très impressionnant et enrichissant à la fois. Cela m’a appris à être un meilleur orateur. Ce projet m’a également appris à travailler en groupe. »  William Preiss-Dolle

Des résultats épatants et des images époustouflantes !

Avec une altitude de 34695 mètres parcourue en 2h05, Bretz’elle est arrivé le plus haut. Il faut donc dire dorénavant « une » bretzel !

Brezt’il s’est bien défendu en parcourant 33400m en 2h41. Le premier ballon, Bretz’elle a été retrouvé à côté de la ville d’Offenburg, quant à Bretz’il, il a été récupéré, non sans difficultés, perché en haut d’un arbre à 11 km à vol d’oiseaux de Bretz’elle.

Bretz'il et Bretz'elle dans l'espace